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  • : Dominique de Villepin possède des qualités de coeur qui pourrait faire de lui le principal rival de Sarkozy mais aussi un président hors pair. Balayons les clivages droite-gauche et intéressons nous au personnage. La France mérite un homme à sa mesure. Do
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Concours

Unissons nous

Nous, les "déçus de la gauche" avons décidé de nous rassembler... nous, de plus en plus nombreux à être exaspérés par les calculs électoraux, par les discours creux et les promesses vaines... nous, d'une tendance nouvelle pour "Mieux Vivre tous Ensemble"... et nous pensons qu'un seul homme peut tenir ce pari : DOMINIQUE DE VILLEPIN

Réfléchissons deux secondes... la gauche désunie ne passera pas, nous en sommes certains. Cela laisse la voie ouverte à Nicolas Sarkozy avec sa politique répressive qui stigmatise les plus vulnérables. Qui de gauche peut le contrer ? Personne. Voilà le triste constat. Un seul homme est capable de faire la différence. Les dernières mesures de Dominique de Villepin, prises pour les français en mauvaise posture, prouvent bien qu'il se situe à l'opposé du ministre de l'Intérieur. Laissons tomber les étiquettes et les clivages gauche-droite... regardons la réalité en face. Si Nicolas Sarkozy devenait président, ce serait une catastrophe pour la démocratie française et pour nos acquis. Il veut dépoussiérer la Loi 1905... pour quelle raison ?

Il nettoie la France au karcher, fait vider les squats manu-militari à l'approche de l'hiver... veut éradiquer le chômage en liquidant les chômeurs et pose l'anathème sur les minima sociaux... parle-t-il des délocalisations et des licenciements qui se comptent par milliers ? Les licenciés ne vont-ils pas rallonger la longue file des sans-emplois ? Que peut-il faire de plus ? Rien.

Il nous faut donc nous unir pour faire barrage à Sarkozy. Et un seul homme peut faire le poids. Depuis qu'il est premier ministre, il a montré ses capacités à comprendre les besoins du Peuple Français. Il peut nous représenter partout sans médire sur le président et sans renier les fondements même de notre pays. Il ne remettrait pas, lui, en question notre histoire, notre héritage et nos valeurs. Faisons lui confiance et battons-nous pour que Sarkozy ne soit pas Président... ce serait une catastrophe sans précédent pour notre pays.

Notre autre site : Dominique de Villepin, ministre, aristocrate et poète

 

Pour écouter l'intervention de Dominique de Villepin en direct avec les Français, cliquez sur la bannière... l'enregistrement est toujours présent sur RMC...

Comme nous l'avons signalé sur notre autre blog, nous sommes de gauche. Mais devant l'insipidité, le grotesque ou le grandguignolesque du paysage politique socialiste, nous avons décidé de soutenir Dominique de Villepin dans l'espoir qu'il pose sa candidature à la Présidentielle. Car qui mieux que lui, dans l'immédiat, pourrait représenter la France face à Sarkozy, nous endendons ? Dominique de Villepin a son propre chemin à suivre, sa voie personnelle à ouvrir. Il possède de nombreuses qualités qui feraient de lui un grand chef d'Etat même si l'expérience lui manque un peu sur le terrain. Les vingt prochains mois seront son épreuve du Feu. A lui d'y imposer sa marque... puisqu'il aime notre pays, la France... il ne tient qu'à lui de se faire aussi aimer de son Peuple. Nous pensons qu'il y parviendra car c'est un homme de coeur fidèle à ses amitiés qui allie noblesse et panache à une grande culture. Il ne lui reste donc plus qu'à faire ses preuves sans se laisser dicter sa conduite par d'autres.

Deux excellents sites pour suivre les actualités sur Dominique de Villepin et lire de nombreux articles :

www.villepin2007.org


www.libanvision.com/villepin2.htm

 

Jeudi 8 décembre 2005

Villepin au banc d'essai

par Christophe Barbier, Eric Mandonnet



Sobre, collégial, concret... Depuis sa nomination, le nouvel hôte de Matignon tente d'offrir un visage adapté à la crise que traverse le pays. Sa méthode, ses idées, son poids politique font-ils vraiment de lui l'homme de la situation? Premières réponses


Après avoir lu La Mort de Virgile, Albert Einstein écrivit à son auteur, Hermann Broch, que l'ouvrage l'avait éclairé sur sa vocation scientifique: «J'ai fui le je et le nous pour le il du il y a.» Rapportant l'anecdote dans Le Requin et la mouette (Plon/Albin Michel), Dominique de Villepin songeait-il que, à Matignon, il échapperait à lui-même? Car un Villepin inédit, instinctif ou fabriqué, s'est présenté aux Français: économe de ses gestes, garrottant toute grandiloquence, sourire radieux mais œil sans incendie. Scientifique et même technicien, mue accomplie, Villepin côté raison s'est affiché mercredi 8 juin, à l'Assemblée nationale, pour son discours de politique générale. «Le Narrateur monte aux remparts. Et le vent avec lui», écrivit Saint-John Perse, poète diplomate. Villepin a laissé au vestiaire son souffle légendaire et vante le pragmatisme. Changement de poète: ce fut le Francis Ponge du Parti pris des choses.

Qu'il ne se paie plus de mots est une bonne nouvelle. Que le lyrisme le cède à l'empirisme est sage. Mais la justesse d'un style ne fait pas la réussite d'une politique, et que Villepin ait abandonné sa panoplie de d'Artagnan ne l'érige pas en Richelieu. Le mécano Villepin peut-il «remettre la France en marche», comme il en a affirmé la volonté à l'Assemblée? «Il faut, avant de prendre toute décision, se poser la question: est-ce que c'est bon pour l'emploi?» lança Jacques Chirac au premier soir de sa présidence, le 7 mai 1995. Dix ans plus tard, beaucoup a été fait, tout a coûté cher, rien n'a réussi. Villepin peut-il être un Sisyphe victorieux? Est-il seulement capable, au-delà d'une première décade réussie, d'être Premier ministre? A-t-il l'autorité et la lucidité nécessaires? Peut-il agir dans une période si difficile? Le Villepin nouveau est arrivé, qui n'enivre pas. Que vaut-il?

Est-il adapté à l'époque?
Habité par le couple décadence/sursaut, fasciné par «le soleil noir de la mélancolie» qu'alluma Gérard de Nerval, Dominique de Villepin considère la gravité de la situation comme un atout. Pendant la campagne référendaire, il prenait des accents churchilliens pour prévenir des effets du non: «Il nous faudrait remonter la pente, ce serait un chemin plus long, plus dur, plus solitaire.» Une voie royale pour qui se cherche un destin. «Je me présente devant vous à un moment exceptionnel de l'Histoire», lança le Premier ministre dès sa deuxième phrase devant les députés.
De fait, jamais un nouveau chef de gouvernement ne présenta son programme dans de telles conditions. Seul Pierre Bérégovoy, en 1992, arriva après une défaite, mais que pèsent des élections locales perdues face à 54,67% de non dans un référendum? Pour Matignon, «tout est à reconstruire». Sur la politique intérieure, la construction européenne ou la mondialisation, une même expression revient: «en miettes». «Le pays pleure tout le temps et ne sait pas pourquoi, relève un ministre chiraquien. Prononcer un discours de politique générale après une défaite qui apparaît comme une dépression collective, ce n'est pas comme le faire au lendemain d'une présidentielle gagnée.»

Pierre Méhaignerie illustre ce syndrome des semailles dans les ruines: «Impossible d'aller trop loin sur le Code du travail, hors d'une élection présidentielle.» Un proche de Villepin balaie l'argument: «Les sarkozystes osent nous dire: “Attendez 2007.'' Trop facile. La France ne peut pas rester en jachère.» Malgré ses efforts pour persuader le peuple qu'une ère commence, le Premier ministre ne peut masquer que l'ambiance est à la fin de règne. Lors des trois derniers mandats présidentiels, les ultimes mois furent faussés par des cohabitations; Valéry Giscard d'Estaing, lui, termina le sien dans l'élan des législatives et des européennes gagnées en 1978 et 1979. Le décès de Georges Pompidou et la démission du général de Gaulle évitèrent au pays une trop longue déliquescence de l'exécutif. Dominique de Villepin est donc confronté à une situation inédite, où l'affaiblissement du chef de l'Etat s'enchâsse dans l'épuisement du système politique, où le discrédit présidentiel est au cœur de la crise de régime. De la gravité de la situation, il attend un ressaisissement national, alors que tous les signes indiquent la déprime ou la colère. S'il croit que l'époque va le favoriser, le Premier ministre se trompe.

Son nouveau style est-il le bon?

Achoisir la sobriété grave plutôt que l'emphase messianique, il en est sans doute conscient. Une fois, déjà, Villepin a remisé le panache parce que l'heure était grave: c'était à la tribune de l'ONU, en février 2003; ce fut, pour les Français, l'acte de naissance d'un vrai politique. Quoi de commun avec son «appel du 8 juin»? «Une même capacité à sentir le corps social dont il a la responsabilité, assure la «plume» du Premier ministre, Bruno Le Maire. Hier, c'était sentir instinctivement toutes les aspirations des peuples du monde face à une affirmation de la force militaire; aujourd'hui, c'est comprendre les attentes du peuple français.»

Si ce changement de style est un artifice de communication, le Villepin ébouriffé aura vite raison du sage brushing de ces derniers jours. Mais les proches du Premier ministre considèrent que son naturel est dans ce calme: c'est avant, «tel un cuirassé dans un étang», qu'il n'était pas lui-même, étouffant dans des postes trop étroits, qui bridaient son appétit d'action globale. «Matignon est à sa dimension, résume son porte-parole, Jean-François Copé. Il fonctionne très bien dans le commandement.» «Il est zen», témoigne un autre ministre.

Le style, c'est aussi le rythme. Puisqu'il y a urgence, Villepin est pressé. Le dimanche 5 juin, à 18 h 30, est convoqué le premier séminaire gouvernemental, suivi d'un dîner: tout le monde est rentré chez soi à 21 heures. Le discours de politique générale a duré 55 minutes. «Il n'y avait pas une phrase de trop», note l'un de ses collaborateurs. Le «découpage séquentiel» de la première semaine participe de cette même stratégie du tempo: «Il y eut quatre temps, explique un ministre du sérail. La constitution de l'équipe; le week-end pour la réflexion, achevé par le séminaire; la “purge'' du lundi, avec le défilé des syndicats; le cadrage politique du mardi, avec le petit déjeuner des ténors de l'UMP et la séance au groupe parlementaire.»

Entre vitesse et violence, la frontière est étroite. «J'ai besoin de vous», lance-t-il aux députés, qu'il va «violer» en procédant par ordonnances… Villepin doit encore prouver sa capacité à animer une équipe dans la durée, à faire vivre la collégialité, à écouter et surtout à entendre. Déjà, face à l'opinion, le hussard se veut chirurgien, lâche le sabre pour le bistouri. «Dans une situation aussi complexe, on ne peut pas arriver en tapant sur la table et en expliquant: “Voici ma grande vision! '' décrypte un proche. Il s'agit plutôt, fil après fil, de recoudre les blessures de la société.» Cela serait-il l'essence du villepinisme? Cet inconditionnel de l'Empire serait-il converti à l'empirisme?

Le «villepinisme» existe-t-il?

«En le voyant écouter Bernard Thibault, avec ses airs de cocker triste, expliquer les refus de la CGT, je l'ai trouvé philosophe», témoigne un ministre. Mais de quelle école? Grand manieur de phrases, Dominique de Villepin n'est pas un jongleur de concepts, et son «gaullo-bonapartisme» esthétique masque un flou, ou un vide, idéologique. Et un mystère: jusqu'où est-il libéral? Il s'est mis à suivre de plus près les dossiers économiques et sociaux quand Jean-Pierre Denis, chargé de ces secteurs, quitta l'Elysée en 1997, remplacé par Jean-François Cirelli, avec qui Villepin ne s'entendait pas bien. Il avait déjà contré une offensive libérale de Denis pendant la campagne électorale consécutive à la dissolution. «Le libéral répugne souvent à commander», glisse-t-il dans Les Cent-Jours (Perrin). «Attention, tempère Bercy, Villepin a aussi compris qu'il fallait rééquilibrer le tout-social du plan Borloo par l'assouplissement libéral du contrat de travail. Et il l'a fait.»

C'est chez Napoléon, mais le n° 3, que le villepinisme se cache peut-être. L'empereur libéral, celui des banques, fut aussi l'auteur de De l'extinction du paupérisme et le thuriféraire de l'action publique, des «grandes infrastructures». Villepin est de même, son discours le prouve, dans cette addition. Deux décisions majeures, la fin de la baisse de l'impôt sur le revenu (peu libérale) et le gel des dépenses publiques (peu étatiste), le montrent. Il est l'homme du et-et, qui érige l'Etat en acteur majeur du système, en grand régulateur du précaire équilibre social-libéral. Ainsi, plutôt que de réduire les allocations pour inciter les chômeurs à accepter un emploi - remède libéral - ou de hausser le Smic pour rendre les postes alléchants - avancée sociale - il demande à l'Etat de verser une prime de retour au travail… payée par les contribuables. «Peu importe, plaide Copé. Celui qui retrouve un emploi cotise, consomme, épargne. Nos idées ne coûtent de l'argent que si elles fonctionnent.»

Les idées de Villepin poussent aussi sur un terreau rousseauiste - une rupture avec ses prédécesseurs de droite, presque tous tocquevilliens. «Rousseau disait: "Partout en France on est libre, et partout on est dans les chaînes", explique Le Maire. Partout, en France, il y a de l'emploi et des jeunes au chômage.» Autre idée de Jean-Jacques chère à Villepin: «Chaque homme porte en lui les capacités de s'améliorer.»

Aura-t-il assez d'autorité politique?

Si Napoléon est un mentor efficient en politique, Rousseau semble moins idoine: à l'UMP, le contrat social règne moins que la loi de la jungle. Quand le groupe parlementaire se réunit à la veille du discours de politique générale, l'accueil réservé au Premier ministre est mitigé. «Le strict minimum, à la limite de la politesse», remarque un présent. «On a écouté les députés revendiquer, raconte Copé, et je regardais le Premier ministre en souriant. Je le voyais cocher des cases: tout ce qu'ils réclamaient était déjà dans son texte, mais il n'a rien dit et a joué l'écoute, modeste.» Plus de 100 députés, emmenés par Pierre Méhaignerie, se retrouvent le lendemain matin, à quelques heures du discours, et conviennent de délibérer, pendant que la gauche répondra au chef du gouvernement, afin de déterminer leur vote. En entendant Villepin, ils annulent cette réunion et votent la confiance comme un seul homme. Mais elle ne fut pas spontanée. L'autorité de Dominique de Villepin sur la droite est donc encore à construire. «Elle viendra du résultat», avance son entourage.

En attendant, Sarkozy recrute. Quand un ami faisait observer à Jacques Chirac qu'il y avait trop de ministres dans le gouvernement Raffarin, le président répondait: «Mais sinon, qu'est-ce qu'on va en faire?» La réponse est toute trouvée: des sarkozystes… Si François Fillon a été le plus explicite, lançant une idée qui fera florès à droite en cas d'échec de Villepin - le changement, ce n'est pas un nouveau Premier ministre en 2005, mais un nouveau président en 2007 - la plupart des victimes du remaniement ont reçu un coup de fil le jour même: le ministre de l'Intérieur leur fit remarquer que lui avait tout fait pour défendre ses amis et leur suggérait de l'inviter chez eux pour un déplacement. «Les déçus du gouvernement, cette fois, c'est autre chose que les “juppettes”», prévient un fidèle de Chirac. Même le président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer, n'en finit pas de ruminer sa déception d'avoir été «oublié» lors de la formation du gouvernement, alors qu'il assure avoir reçu des assurances du chef de l'Etat. Le contrôle des députés UMP reste un enjeu essentiel de la bataille entre chiraquiens et sarkozystes. Le pari politique de Villepin vise, au mieux, à créer des bataillons villepinistes, en tout cas, à éviter l'hémorragie.

Il le forcera bientôt à montrer son autorité sur Sarkozy lui-même. Que, à peine nommé, celui-ci ait évoqué à haute voix son départ et répété qu'il avait accepté ce ministère pour se protéger des attaques, sans s'attirer de remontrance - d'autres furent «démissionnés» pour moins que cela - laisse perplexe. Certes, comme il l'a revendiqué le 11 juin, Nicolas Sarkozy estime avoir donné son écot à l' «unité» et attend, en retour, de pouvoir préserver sa «liberté». Mais l'atmosphère n'est pas apaisée. «Il faut mesurer son verbe», commenta un ministre chiraquien après le déplacement du ministre de l'Intérieur à Perpignan, le 3 juin. «On n'est plus en 2002, la priorité, c'est le chômage, pas l'insécurité», lança un autre à Brice Hortefeux, ministre sarkozyste.

Dominer la majorité et appliquer le plan pour l'emploi exige des comportements contraires. La première tâche réclame de la fermeté; la seconde de la souplesse. Le Villepin d'hier et celui d'aujourd'hui pourront-ils cohabiter ?
Post-scriptum
C'est dans l'après-midi du 7 juin, donc durant les dernières heures de rédaction de sa «DPG», sa déclaration de politique générale, que Dominique de Villepin a accepté de stopper la baisse de l'impôt sur le revenu.


Sources : L'EXPRESS
Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : VILLEPIN ET LA POLITIQUE
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Mercredi 7 décembre 2005

Villepin pose les jalons d'une candidature en 2007

 

par  Christophe Jakubyszyn

Nicolas Sarkozy a mis plusieurs fois Dominique de Villepin au défi : "Cela (l'élection présidentielle) se jouera entre vous et moi. Personne n'en doute. Que le meilleur gagne." Le premier ministre, qui s'est fixé comme règle de "tourner plusieurs fois sa langue dans sa bouche" avant de parler, s'en défend. Mais son implication dans l'élaboration et la mise en scène du compromis trouvé, mardi 6 décembre, sur la procédure de désignation du candidat de l'UMP pour l'élection présidentielle a levé les derniers doutes : il ne pense en réalité qu'à cela. "Ça a mis les participants dans la lumière", s'amuse le député (UMP) Hervé Mariton, qui relève que M. de Villepin a mis en outre un point d'honneur à se présenter, mardi soir, comme "le chef de la majorité".

A Matignon, cela fait longtemps que le non-dit de 2007 fait partie du décor. A tel point que les collaborateurs de M. de Villepin s'emmêlent parfois les crayons : vendredi 2 décembre, à l'occasion d'un briefing sur le déplacement du premier ministre chinois à Paris, l'un d'entre eux expliquait : "Nous, ici à l'Elysée, estimons que...", avant de se reprendre. Le lapsus n'a suscité chez ses collègues de Matignon qu'un sourire compréhensif.

Pour M. de Villepin, "dans les institutions de la Ve République et compte tenu de mon engagement et de ma conviction gaullistes, l'élection présidentielle, c'est la rencontre entre un homme et un peuple". Et si l'euphorie règne actuellement à Matignon, c'est que cette "rencontre" a eu lieu, selon l'entourage du premier ministre, qui s'appuie sur les derniers sondages. A commencer par celui qui sera publié jeudi 8 décembre par Paris Match. Selon une enquête de l'IFOP réalisée les 1er et 2 décembre auprès de 1 006 personnes, 53 % des Français approuvent son action, ainsi que 62 % des 18-24 ans et 46 % des sympathisants socialistes. Ce qui fait dire à ses proches que "M. de Villepin est sur un positionnement de deuxième tour"... Une analyse, sous forme d'aveu, que vient conforter la deuxième place de M. de Villepin au palmarès des personnalités (66 % de bonnes opinions, derrière Bernard Kouchner, mais sept places devant M. Sarkozy).

Les sarkozystes, qui ont senti venir le danger, lui rappellent la nécessité de gagner d'abord... le premier tour. Car, sur ce terrain, le ministre de l'intérieur conserve l'avantage auprès de l'électorat de droite. Et le premier ministre "doit mesurer qu'il n'y a pas de place pour deux candidats de la majorité", a mis en garde François Fillon, conseiller politique de M. Sarkozy, dans un entretien au Parisien du 27 novembre.

C'est cet obstacle du premier tour que M. de Villepin est désormais déterminé à franchir. Le durcissement de sa ligne politique — en imposant l'état d'urgence dans les banlieues et en instituant la responsabilisation et la sanction éventuelle des parents — y participe.

La réflexion sur le financement d'une éventuelle campagne de premier tour aussi. L'accord auquel il est parvenu avec M. Sarkozy sur les modalités de désignation du candidat de l'UMP à la présidentielle ne lui facilite pas la tâche sur ce point. "Le compromis trouvé mardi garantit qu'il n'y aura pas de monopole du soutien du parti, mais nous n'avons pas pu éviter le monopole du financement", admet un proche de Dominique de Villepin. A charge donc pour lui de trouver ou d'emprunter une partie des 14,8 millions d'euros autorisés par le code électoral pour financer une campagne de premier tour (l'Etat rembourse 50 % de ce montant aux candidats ayant obtenu plus de 5 % des suffrages).

Quoi qu'il arrive, le premier ministre a, de toute façon, décidé de se présenter devant les Français. En novembre 2006, il sera candidat à une investiture UMP pour les élections législatives de juin 2007. Une sorte de plan B ?

Sources : LE MONDE

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : VILLEPIN ET LA PRESIDENTIELLE
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Lundi 5 décembre 2005

DOMINIQUE DE VILLEPIN : MONSIEUR LE DAUPHIN

Dominique de Villepin a mis ses pas dans ceux du président. « Le Point » raconte comment, dans le plus grand secret, il s'était préparé à Matignon ; comment il « travaillait Chirac » et comment, aujourd'hui, il joue la mélodie du bonheur.

Ils sont une dizaine de directeurs de cabinet à planifier, par un bel après-midi de septembre, au rez-de-chaussée de Matignon, la « bataille de l'emploi ». Difficile de se concentrer pendant qu'au loin une grande ombre fait des tours de parc jubilatoires. Au bout d'une demi-heure, le Premier ministre apparaît dans l'embrasure de la porte, en short et en sueur. Il demande s'il dérange, s'assoit, pose quelques questions et puis annonce qu'il va prendre une douche. Les énarques du jour sont estomaqués. On leur avait parlé d'un Villepin pressé, abstrait. Ils ont cru voir un « pote ».

Mardi dernier, 20 septembre, les élus de l'UMP sont à Evian en grand équipage et en grand énervement, à l'occasion de leurs journées parlementaires. Ils sont là pour compter les points entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Le Premier ministre s'attarde, papote, pose la main sur une épaule. Les députés sont charmés. Il y a un an, les mêmes se plaignaient qu'il ne les voie littéralement pas. Il y a trois mois, ils ne voulaient pas de lui comme Premier ministre.

Cet été, à Arradon, dans le Morbihan, les touristes l'ont découvert « comme je vous vois » entre la plage et la crêperie. Comme tous les ans, son ami Régis Bulot, président de Relais & Châteaux, avait organisé les vacances familiales, trouvé la maison à louer et les adresses de bistrots. Comme tous les ans, Dominique de Villepin a écrit, chaque matin, un peu de poésie. Mais, cette année, même ses amis l'ont trouvé plus calme, lui qui peut se mettre en colère pour un détail. « Il a énormément changé », confie un de ses proches.

A Matignon, ces temps-ci, on joue la mélodie du bonheur, ce qui est déjà un exploit dans cette maison où généralement s'amoncellent les ennuis. Le regard des autres, en tout cas celui du petit monde qui fait les images, a changé : c'est tout juste si, après l'avoir vu courant dans les flots de l'Atlantique, à La Baule, certains n'énoncent pas comme une nouveauté qu'il est grand et beau ! Le Premier ministre s'aime assez pour se prêter avec plaisir à son personnage glamour, mais son histoire ne commence pas dans cette onde claire. « La démonstration encore une fois est faite, soupire un de ses ministres, qu'il ne faut penser qu'à cela. » Pendant qu'on glosait sur ses ruades, qu'on disséquait sa prose et qu'on s'arrêtait sur sa caricature incandescente, Dominique de Villepin ne pensait donc qu'à cela ? « Il voulait Matignon, au cours du quinquennat. Il était prêt », affirment ceux qui, dans l'entourage de Chirac, n'ont pas attendu le remaniement du gouvernement pour observer qu'il était un homme de pouvoir. Passionnément.

Ceux-là se rappellent son entrée fracassante dans le dispositif chiraquien, avant la présidentielle de 1995, quand il conseillait, dans ses tirades, d'embrasser Edouard Balladur jusqu'à l'étouffer. Ou encore en 1997, quand il pensait qu'il fallait amener à résipiscence une majorité infernale, quoi qu'il en coûte, y compris l'échec aux élections législatives.

« A Matignon, ou l'on est transfiguré, ou l'on s'effondre, explique un de ses anciens collaborateurs. Il considérait qu'il était capable d'être Premier ministre, il avait raison. » Il est vrai qu'il y a un an Jacques Chirac lui-même hésitait. Et pour ses amis, si Villepin avait alors la dent dure, c'est qu'il rongeait son frein. Aujourd'hui, le Premier ministre serait donc heureux, car justifié dans son ambition. Une ambition dont il a cessé de dissimuler l'impatience après la défaite des élections régionales et européennes de 2004. Il estimait que Raffarin était à bout de souffle et que le gouvernement ne pourrait tenir cinq ans tandis que, de scrutin en scrutin, s'approfondissait le divorce entre les Français et la politique. Pendant qu'il s'échinait à faire partager son point de vue par le chef de l'Etat, qu'il interpella à plusieurs reprises pour tenter de le «faire bouger », il se préparait.

Avec Bruno Le Maire, déjà coulé dans l'étoffe du conseiller indispensable qui peut dire « nous » sans que le ministre s'en offusque, une femme a joué les têtes chercheuses de la société française. Cette « Mme Michu », comme elle se définit encore à Matignon, Nathalie Briot, épluche Télérama à la recherche de l'interview d'un jeune professeur rebelle, repère les chefs de petites entreprises innovantes par le bouche-à-oreille, s'inquiète des hommes paumés dans les familles qui se décomposent et se recomposent. A partir de janvier, elle a ainsi organisé Place Beauvau, en marge des rendez-vous institutionnels classiques, des rencontres, tous les quinze jours, avec ceux qui ont « une expérience de terrain ». Elle a alors carte blanche. Son patron l'a dite « fine et psychologue ». Villepin, qui dédaignait les déjeuners « inutiles » avec ses collègues, a toujours affiché son goût pour les personnalités originales, voire marginales. Entre la révélation de la féministe Antoinette Fouques et un entretien difficile avec l'économiste François Ewald, il a discuté aussi longtemps avec Elisabeth Badinter ou Coline Serreau qu'avec une prostituée du bois de Vincennes.

La vraie vie. Son carnet d'adresses s'est enrichi de nouvelles étoiles de tous les secteurs : le psychanalyste Serge Hefez, auteur à succès de « La danse du couple » et de « Quand la famille s'emmêle » ; l'économiste qui monte, Olivier Pastré, ou Malamine Koné, PDG d'Airness, devenu le sponsor des grands champions après avoir quitté à 13 ans son Mali natal ; des géographes qui travaillent sur les ségrégations territoriales, Christophe Guilly et Christophe Noyé... Pendant que Raffarin perdait le contact avec la France d'en bas, Villepin s'appliquait, sans le dire, à se mettre au niveau de la vraie vie. Et personne n'y prenait garde. Sauf peut-être Nicolas Sarkozy, qui, renseigné sur la méticulosité du ministre de l'Intérieur à sortir de son champ, anticipait déjà sur sa nomination à Matignon.

A partir du mois de novembre 2004, où Jacques Séguéla - qui le connaît depuis les heures héroïques de la cohabitation - avait dépêché un de ses collaborateurs d'Euro-RSCG, Bernard Sananès, pour donner « un coup de main » avant son passage à « 100 minutes pour convaincre », sur France 2, Villepin a travaillé son calendrier. « Il fallait ne pas se tromper de rythme, de pied, de point de départ », se rappelle un de ses proches. Avant le référendum, Villepin avait déjà fait de l'emploi l'axe de sa politique. C'était le seul domaine où les esprits étaient assez mûrs pour supporter l'esquisse d'une rupture avec les situations acquises. « Engager tout de suite la réforme de l'Etat, qui est, certes, indispensable, mais qui bloque tout, tout de suite, ne changerait rien », soulignait-on Place Beauvau. La décision de légiférer par ordonnances, comme celle de concentrer tous les tirs sur le chômage, avait aussi été arrêtée très tôt. A Matignon, les retours de l'opinion sont méthodiquement analysés par Philippe Méchet, ancien de la Sofres, qui sert d'alerte au Premier ministre. Mais la règle de communication que s'est fixée le Premier ministre est assez simple : il faut toujours prendre la main et ne jamais subir. Dominique de Villepin n'attend pas une indiscrétion dans les journaux pour s'expliquer. D'ailleurs, elles sont interdites. De son passage à l'Elysée, où il a tout appris des grandeurs et des petitesses humaines - il en a d'ailleurs beaucoup joué -, de son étude de la communication des dirigeants américains, il a depuis longtemps conclu qu'il fallait faire l'information soi-même. Ses conférences de presse mensuelles remplissent cet objectif : « Elles frustrent peut-être les éditorialistes, mais elles comblent les autres car elles irriguent l'ensemble de la presse », juge froidement un expert. Le Premier ministre, depuis trois mois, balise au millimètre sa communication : rien n'est improvisé, tout est préparé de ses rencontres, tout est écrit de ses réponses. C'est la méthode de Jacques Chirac, acclimatée sans doute, parce que Dominique de Villepin a dû se lasser, à l'Elysée, des interminables séances de relecture de discours auxquelles le président convie ses proches conseillers. Mais le soin des mots est le même.

« Il aura trois mois pour changer les choses, trois mois pour montrer qu'on peut être Premier ministre et exister en France, prédisait, en mars, un de ses amis. Dominique a le charme pour y arriver. » L'analyse, effectivement, colle aux premiers mois que Villepin vient de passer à Matignon. Parce qu'en politique il faut avoir de la chance et que l'imprévu ravageur attend à chaque instant le chef du gouvernement, Dominique de Villepin, arrivé dans les pires conditions à Matignon, a su tirer parti des circonstances. Il a usé de l'effet de contraste avec son prédécesseur, à peine installé dans un bureau redécoré en huit jours à son goût - Jean-Pierre Raffarin s'était, lui, installé dans les meubles de Lionel Jospin. Il a marqué son autorité dès la formation du gouvernement en respectant son engagement, auquel Chirac s'était résigné - puisqu'il n'annonçait pas lui-même les mauvaises nouvelles -, de réduire le nombre de ses ministres. Amis ou pas, ceux qui devaient partir ont été congédiés sans autre forme de procès après avoir attendu parfois quarante-huit heures qu'il leur fasse signe. De quoi calmer ceux qui sont restés ! Parce qu'ils pensaient être insultés jour après jour, ils ne veulent voir que sa séduction, mais tous connaissent sa dureté, qui peut se manifester de façon cinglante, au moindre incident. « Son autorité ne souffre pas la discussion. On dialogue; on se concerte ; on décide ; on applique », résume l'un d'eux.

Deux joueurs. Les réunions ne s'éternisent pas. Les arbitrages sont faits. De l'avis de tous, la vie gouvernementale est ainsi très « apaisée » dans son fonctionnement. « On ne se sent pas affectivement soutenu mais on est soutenu », constate un ancien qui déplorait, du temps de Raffarin, les atermoiements de Matignon aux prises avec la prudence extrême de l'Elysée. « Il me demande encore des conseils, se vante un autre, mais jusqu'à quand ? » « Il n'aime personne, nuance un troisième. Il faut le savoir, cela évite de lui cirer les pompes ! » « La droite a traditionnellement besoin d'un chef, elle veut le reconnaître, s'identifier », remarque un député pour expliquer la versatilité de ses collègues qui vouaient Villepin à l'enfer des non-élus, et qui soudain lui trouvent des attraits. Au Quai d'Orsay, pourtant, il avait fait l'effort de suivre assidûment les travaux de la commission des Affaires étrangères ; à l'Intérieur, il s'était appliqué à les recevoir mais il leur restait étranger. « Il fallait que lui-même soit dans le bain pour s'intéresser vraiment à nous », avance un député, en guise d'excuse. Le plus extraordinaire, c'est qu'avant d'avoir pu montrer son habileté il n'a dû la neutralité de sa majorité qu'à celui dont il semble troubler désormais l'implacable ascension : Nicolas Sarkozy !

Il faut se souvenir de l'atmosphère qui régnait à l'UMP, au lendemain du référendum, des émissaires qui, pendant tout le dernier week-end de mai, se précipitaient à l'Elysée pour expliquer que Jacques Chirac devait se résoudre à nommer Nicolas Sarkozy à Matignon, qu'il n'y avait plus que lui pour sauver ce qui pouvait l'être, que choisir Villepin, c'était entrer dans la stratégie du chaos, que Villepin à Matignon et Sarkozy à l'UMP, le pugilat commencerait dans la seconde... L'ambiance au groupe UMP était telle que certains murmuraient déjà que la loi de finances ne serait pas votée.

Mais le président avait eu vent, depuis quelques jours, que Nicolas Sarkozy ne refuserait pas forcément d'entrer dans un gouvernement qu'il ne dirigerait pas. Par crainte d'être lui-même isolé à l'UMP, sans les leviers du pouvoir, aura-t-il ainsi contribué à faire roi un rival ? Certains vont même jusqu'à rappeler que c'est la deuxième fois que Nicolas Sarkozy a ainsi servi le destin de Dominique de Villepin. Que ce dernier avait retiré plus d'avantages que Sarkozy en le rapprochant du président en 1999 : Villepin était alors bien seul à l'Elysée, détesté de l'ensemble des élus qu'il avait précipités dans la dissolution de l'Assemblée en 1997 et qui réclamaient sa tête, tandis que Nicolas Sarkozy, ostracisé pour balladurisme en 1995, avait retrouvé tout seul sa force politique. De là à penser que les relations entre Villepin et Sarkozy sont plus complexes qu'il n'y paraît... Les deux hommes, qui s'amusent beaucoup ensemble comme des joueurs, jusqu'ici ont respecté leur accord parce qu'ils ont besoin l'un de l'autre. C'est une guerre d'images plus qu'une guerre à l'intérieur du gouvernement, où chacun prend soin de respecter toutes les formes. Mais la guerre est néanmoins impitoyable. Quand Dominique de Villepin renoue avec ses imprécations, c'est qu'il vient d'apprendre que Nicolas Sarkozy concocte une sortie qu'il n'avait pas anticipée. L'Intérieur et Matignon se soupçonnent de tout et les deux maisons s'accordent à reconnaître que, lorsque la confrontation aura lieu - si elle doit avoir lieu -, elle sera dénudée et extrême.

« J'en ai pour vingt-deux mois », répète, depuis le début, le Premier ministre, avec un fatalisme obligé. Ces vingt-deux mois décideront de toute façon de la suite de sa vie. Nicolas Sarkozy, dans ces vingt-deux mois, n'a voulu voir qu'une parenthèse pendant laquelle Dominique de Villepin expédierait les affaires courantes,qu'il pourrait, avec le poids du président de l'UMP, condamner à tout moment. C'était son analyse avant l'été, d'ailleurs calquée sur celle que le chef de l'Etat faisait lui-même le 14 juillet 2004, expliquant qu'avec le président de l'UMP dans son gouvernement, le Premier ministre n'aurait plus d'existence.

Depuis, le Premier ministre s'est imposé à Matignon, est devenu une alternative à droite et le dauphin de Jacques Chirac. Si le ministre de l'Intérieur continue de croire que Dominique de Villepin endosse un héritage qui lui interdira toute prétention présidentielle, l'accident de santé dont Jacques Chirac a été victime le 2 septembre a éclairé le dauphinat d'une lumière imprévue qui n'engage pas l'avenir, mais fige le présent de Dominique de Villepin. Si l'ambiguïté d'une nouvelle candidature à l'Elysée, que le président n'aurait pas manqué d'entretenir le plus longtemps possible, n'est plus tenable, la qualité d'héritier de Villepin s'est, en quelques jours, inconsciemment imprimée dans les esprits. Avec ses droits et ses devoirs.

Affection. Imperceptiblement, la relation entre les deux hommes s'est encore renforcée. Une relation de double protection plus évidente, plus exclusive aussi. On a vu Dominique de Villepin blêmir lorsqu'il a appris que Jacques Chirac était hospitalisé au Val-de-Grâce. Par-delà la gestion des affaires de l'Etat, il a été l'un des rares à suivre l'évolution des premiers jours, retrouvant ainsi avec l'Elysée le fil direct du collaborateur et non du Premier ministre. On sait aussi que lorsque les « pères » découvrent brutalement la précarité de la vie, ils ont tendance, même sans l'avouer, à envisager avec plus d'acuité leur succession, à faire le tri avec plus de froideur de leurs sentiments. Certains, dans son entourage, estiment que la détestation de Chirac pour Nicolas Sarkozy s'est avivée et qu'au contraire son affection pour Dominique de Villepin s'est renforcée. Le chef de l'Etat, qui est plutôt avare d'effusions, a ainsi remarqué, avec tendresse, devant ses proches que le Premier ministre s'était bien débrouillé à l'Onu où il le remplaçait le 15 septembre. « Le sentir à la hauteur lui fait plaisir », souligne un de ses vieux amis. Dominique de Villepin a mis ses pas dans les siens et veille scrupuleusement à ne pas avancer trop vite. Il avance toujours deux pas derrière le président, reste silencieux au conseil des ministres où dans les derniers temps de Jean-Pierre Raffarin, au contraire, il ne masquait plus son agacement. Il continue de rechercher le jugement du président et de l'amener sur ses positions, en douceur. S'il veut se démarquer de lui, il donnera en même temps toutes les bonnes raisons à Jacques Chirac de l'accepter. Avant le référendum, les ministres déploraient en choeur que le chef de l'Etat ne s'intéresse plus qu'à la politique étrangère. Dominique de Villepin a pris ce constat au pied de la lettre. Pour lui, le pouvoir est à Matignon. C'est là qu'est l'impulsion, l'Elysée étant dans l'accompagnement.

Jacques Chirac sait que la maîtrise et l'aboutissement de son quinquennat passent par les résultats obtenus par Dominique de Villepin sur le chômage. Les deux hommes ont partie liée. Ce n'est pas pour rien que, lors du dernier conseil restreint sur l'emploi, le président a exercé une « pression folle » sur ses ministres pour qu'ils accélèrent le mouvement. « Soyez injuste », lui avaient recommandé ses conseillers, pour apporter du renfort au Premier ministre. Chirac fit impeccablement son travail : « C'est insuffisant ! » s'exclamait-il, à l'énoncé des mesures. Cette relation ne changera pas, jure-t-on dans l'entourage du président, qui affirme que « Chirac aidera Villepin ».

« Quand les députés vont s'apercevoir que Villepin est autonome, il prendra toutes les flèches. Chirac n'est déjà plus un paratonnerre », tempère un député. Car les ennuis commencent avec la rentrée parlementaire et les premières manifestations, le 4 octobre. « C'est une valeur surcotée qui se rapproche du prix du marché », prévient un banquier, alors que la volonté du Premier ministre de créer un service bancaire universel a suscité les sarcasmes du milieu, découvrant tout à coup qu'un « trotskyste » était à Matignon ! Les chefs d'entreprise persistent à douter de la fiabilité économique d'un Premier ministre qui croit ressusciter le volontarisme politique en fouettant l'intendance, priée d'être créative à Bercy. Les députés de l'UMP s'inquiètent que les hausses de multiples cotisations pour 2006 représentent à peu près exactement les baisses d'impôts annoncées pour 2007 (environ 3 milliards d'euros). Ils constatent que leurs électeurs n'attendent rien du gouvernement et que la « croissance sociale » ou le « patriotisme économique » ne leur semblent être que des mots. A cela on répond à Matignon que l'objectif n'est pas de transformer la France en un autre pays, mais de valoriser ses énergies, de la changer pour qu'elle reste elle-même. M. le dauphin, on vous le jure, ne perd pas la tête. Il est seulement, imperceptiblement, chaque jour, un peu plus tendu.

En 2002, avant l'élection présidentielle, Dominique de Villepin a écrit un petit livre, « Le cri de la gargouille » (Albin Michel), qu'il faut relire comme la philosophie politique qu'il piaffait, depuis trois ans, de mettre en oeuvre. « Il est vrai, écrit-il, que tout nouveau pouvoir est propice aux malentendus : effets d'annonce et premiers frissons créent une sorte d'état d'apesanteur, d'état de grâce ; tous les espoirs semblent permis, la cloche médiatique battant la campagne avant de sonner le réveil des réalités. Mais tout gouvernement qui cède à cette tentation de la facilité ne peut espérer gouverner durablement. » Peut-on mieux dire ?

Charles Dantzig :  Les deux styles de Villepin

 Du « style » de Dominique de Villepin on peut remarquer deux choses. L'une, c'est qu'on l'a abusivement comparé à André Malraux. Malraux avait un style de conversation, et ses meilleurs livres, « Antimémoires » et « Hôtes de passage », sont des recueils de discussions où il ne se donne jamais le beau rôle et fait preuve d'humour. Dans ses écrits, Dominique de Villepin est, disons, frémissant. Et ne fuit pas l'obstacle. Tout le monde a admiré la richesse des phrases d'« Eloge des voleurs de feu ». Elle serait plutôt napoléonienne : Napoléon n'était pas plus économe de mots que de guerres, et son lyrisme, comme souvent chez les orageux, était sentimental.

Le second élément remarquable est que Dominique de Villepin a deux styles. Il semble que, depuis qu'il est Premier ministre, il soit passé à la discrétion. Je viens de lire son célèbre discours aux Nations unies contre la guerre en Irak, qui, écouté, m'avait tant fait regretter le style Norpois, le diplomate d'« A la recherche du temps perdu ». Dieu nous donne des Norpois, des périphrases et des euphémismes ! me disais-je. Les diplomates servent à tergiverser, tempérer, anesthésier les brutes par un style lénifiant. Le style martial flatte plus l'oreille, mais l'anti-guerre se renie lorsqu'elle parle le langage de la guerre. Eh bien, ce discours était modéré : « l'unité de la communauté internationale », « la nécessité de construire la paix », « la France prendra toute sa part », « prend appui sur toutes les fractures » (mot chiraquien employé trois fois), « ne pas transiger avec [pour "transiger sur", je pense] ce qui constitue le coeur de nos valeurs ». Le style parlé de Dominique de Villepin est moins oratoire que son style écrit. Ce qui se passe, sans doute, est qu'il est en train de concilier les deux en parlant moins haut. Je parierais qu'il va bientôt tempérer son style écrit et que, dans un prochain livre, il passera à l'écriture blanche. Comme une arme. Pour mieux se débarrasser de son concurrent ?

Ils votent pour Dominique...

Danièle Thomson, réalisatrice,

« Je ne suis pas étonnée par ce qui étonne ceux qui ne le connaissent pas. Comment pouvait-on douter qu'il ait la capacité de s'attaquer au gouvernement de la France ? Il n'est pas dans la peau du rôle, il est dans la peau du travail ! Ce qui m'étonne moi, c'est que, malgré l'âpreté de son emploi du temps, il reste à l'écoute de la vraie vie et qu'il trouve le temps de chercher avec moi un casting idéal ! »

Régis Bulot, président de Relais & Châteaux

« Il a tellement pensé à ce qu'il fallait faire pour la France qu'au moment de mettre ses idées en pratique il est serein. Ceci n'est pas calculé, ceci n'est pas feint. »

Denis Tillinac, écrivain

« Ses exaltations le déportaient vers la marginalité politique. Il s'est enfin mis sous contrôle. C'est le début de la métamorphose indispensable à qui veut devenir homme d'Etat. »

Ecomesures : le temps de la précipitation

 Ce soir, on improvise ! Notre fougueux Premier ministre aime que les choses aillent vite. Normal pour quelqu'un qui s'était donné cent jours pour changer de cap. Ce goût irrépressible de l'action l'a porté ces jours-ci à s'engager dans des voies pas toujours très bien balisées. Ainsi, constatant que, malgré la réforme de la Sécurité sociale entreprise l'an dernier par Philippe Douste-Blazy, pourtant tellement vantée, le « trou » restait béant, Matignon a jeté toutes sortes de solutions à l'improviste en pâture : prélever la taxe sur les salaires des banques... détourner les plans d'épargne logement... taxer les laboratoires... Oubliant la règle d'or qui veut que, quitte à prendre des mesures désagréables, autant en arrêter une seule. Cela évite de mécontenter pour rien tous ceux qui ne seront pas touchés.

Que dire, d'ailleurs, de l'autre solution improvisée : taxer l'intéressement (7,5 %), au moment où le ministre de l'Economie, Thierry Breton, et le Premier ministre lui-même encensent le grand projet gaullien de la participation ? Le Général doit se retourner dans sa tombe.

« Rendez l'argent ! » Dans un élan thatchérien cette fois, le Premier ministre s'est aussi laissé aller à des déclarations à l'emporte-pièce à propos de Hewlett-Packard pour protester contre la sévérité du plan social (1 240 emplois supprimés en France). Il a réclamé le remboursement de subventions, qui, réflexion faite, n'avaient pas été accordées. On voit d'ici l'effet à l'étranger. Le Wall Street Journal, bible de la world company, ne s'est pas privé d'un édito assassin : « Il y a en France une incompréhension fondamentale du capitalisme. » Pas moins ! Une entrevue discrète et musclée aurait pu aplanir tout autant les problèmes. Mais, en ces temps de « patriotisme économique », Villepin n'a pu s'empêcher de partir flamberge au vent. Chance : la direction de HP France se dit finalement prête à revoir son plan et il n'y aurait plus que 750 emplois en balance. Comme quoi l'improvisation (à quoi il faut ajouter la mobilisation des salariés comme du maire de Grenoble) n'a pas que des inconvénients.

Ce qui n'est pas le cas concernant la réforme de l'impôt sur le revenu, annoncée à la va-vite au début du mois de septembre pour contrer les annonces sur le sujet de Nicolas Sarkozy. Cette « frappe préventive » a politiquement fort bien réussi : les propositions du président de l'UMP ont été mises sous le boisseau. Mais les groupes de pression sont maintenant déchaînés - contre la taxe sur l'intéressement, par exemple. Le problème est double. D'abord, la réforme provoque un manque à gagner de 3,5 milliards d'euros d'impôt, ce qui va obliger le gouvernement à faire la chasse aux gaspis sans garantie de résultats.

Ensuite, si les niches fiscales sont plafonnées à 8 000 euros, reste à connaître la liste de celles qui n'entreront pas dans le cumul. Les investissements dans les DOM-TOM ? Les aides à domicile ? Les parts de Sofica ? Les fonds à risques ? Bref, beaucoup, sinon tout, reste à faire.

Alain Juppé entre le rival et l'usurpateur

 Alain Juppé était en France le week-end dernier pour des raisons familiales ; il a rencontré Jacques Chirac et aussitôt le bouche-à-oreille s'est remis à fonctionner. Que fera-t-il le jour où il reviendra ? Malgré les dénégations qui alimentent son blog-notes depuis qu'il est parti disserter au Québec sur la mondialisation, personne à l'UMP ne croit à l'exil de l'ancien Premier ministre. On jure que les jours lui paraissent déjà longs et que, l'hiver canadien venu, ils lui sembleront interminables. Certains envisagent déjà son retour triomphal à Bordeaux au printemps. Et, si fort peu spéculent sur son avenir présidentiel - 2007 viendra très vite -, beaucoup l'imaginent arbitre entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy.

Qui préférerait-il ? Nicolas Sarkozy, qui est sur sa route depuis toujours et qu'il n'est jamais parvenu à détester tant il a vu son ambition à nu ? Ne lui a-t-il pas dit l'an dernier, en y croyant presque, qu'il le soutiendrait s'il était le mieux placé pour défendre les couleurs de la droite en 2007 ? Les deux hommes n'ont jamais cessé de se parler plutôt franchement et Nicolas Sarkozy, qui le ménage toujours, n'a jamais perdu une occasion de décrire à Alain Juppé l'ingratitude de Jacques Chirac et des siens. Un poison ravageur pour Alain Juppé, qui croit avoir sacrifié son destin à une histoire qui n'est pas la sienne.

Qui préférerait-il ? Dominique de Villepin, qui fut d'abord son collaborateur et auquel, la brûlure de son procès à vif, il fit grief de l'avoir si vite négligé ? Dominique de Villepin, dont il déconseilla la nomination à Matignon et qui est devenu si vite l'héritier de Chirac. A sa place. Contraint à ce froid polaire de la politique qu'est l'éloignement, qui préfère-t-on, du rival ou de l'usurpateur C. P.?

Bernadette Chirac : Jacques avant tout

«Mais que pense Bernadette ? » Les amis du président sont intrigués mais n'ont pas la réponse. Ou plutôt si. Ils savent qu'il n'y en a qu'une. Le choix de Bernadette ? C'est exclusivement Jacques. Elle choisira donc celui qui protégera la fin de son mandat et au-delà. Il y a là-dedans peu d'affect, mais Bernadette Chirac sait faire les gestes qu'il faut quand il le faut, dans un dosage impeccable. Depuis 2002, même si elle n'a rien oublié des vilenies du passé, elle pense que le président n'a pas les moyens d'une guerre ouverte contre Sarkozy : « Les Français veulent que vous travailliez ensemble », répète-t-elle à l'heure des rabibochages. Avec le temps, la realpolitik a installé une forme de complicité dans ses apartés narquois avec Sarkozy comme ceux qu'observait, l'autre mardi, le Tout-Paris venu assister à la réouverture du Grand Palais. « Elle est gentille avec moi », murmure le ministre de l'Intérieur avec une gourmandise d'enfant. Avec Dominique de Villepin, les démonstrations publiques restent rares. Elle lui a donné naguère le surnom de « Néron » comme sceau de ses excès et de ses mauvaises manières. Et elle ne l'a jamais renié. Mais si, demain, contre toutes les lois du genre qu'elle médite depuis son mariage, Dominique de Villepin s'imposait comme le mieux armé pour défendre les couleurs de son camp, elle le suivrait sans doute. Pour Jacques C. P.

Sources : LE POINT

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : VILLEPIN MINISTRE
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Mercredi 2 novembre 2005

Les 15-25 ans et la présidentielle :

Lang plébiscité, Villepin devant Sarkozy

 

 Les 15-25 ans plébiscitent Jack Lang comme le candidat à la présidentielle, le considérant comme celui qui est le plus proche de leurs préoccupations et le plus capable de porter un projet pour les jeunes, selon un sondage Ifop réalisé pour le magazine l'Etudiant.Les jeunes, d'autre part, préfèrent Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy, selon ce même sondage.

Ainsi, interrogé sur les éventuels candidats socialistes, les 15-25 ans citent Jack Lang comme proche de leurs préoccupations (55%) loin devant François Hollande (14%), Laurent Fabius (12%) et Dominique Strauss-Kahn (11%). Ils le placent également en tête de ceux capables d'un projet pour les jeunes (52%) devant les autres à respectivement 14% et 13%.

Les jeunes se réclamant de la gauche citent M. Lang à 57% pour le premier item et 55% pour le second. Ceux se réclamant de la droite lui accordent également leurs faveurs (53 et 48%).

Interrogés d'autre part sur les présidentiables de droite, le score est plus serré mais les jeunes placent Dominique de Villepin en tête comme proche de leurs préoccupations (34%) devant Nicolas Sarkozy (29%), François Bayrou (18%) et Philippe de Villiers (12%). De même, ils citent Villepin comme le plus capable de porter un projet (37%) devant Sarkozy (30%), Bayrou (15%) et Villiers (10%).

Curieusement, Villepin est plus apprécié à gauche (36% et 42%) qu'à droite (30 et 31% seulement). En revanche, Sarkozy n'obtient que 21% à gauche pour les deux questions posées tandis qu'il devance Villepin à droite (respectivement 46 et 49%).

Ce sondage révèle une différence d'opinion entre les jeunes et l'ensemble de la population. En effet, un sondage (Ifop toujours) réalisé pour la Voix du Nord la semaine précédente sur les intentions de vote des Français donnait 51% à Nicolas Sarkozy (dont 15% sûrement), devant Villepin (47%, dont 6% sûrement) et seulement 38% (dont 6% sûrement) à Lang comme à Hollande.

(Sondage réalisé du 29 septembre au 12 octobre auprès d'un échantillon représentatif de 527 personnes de 15 à 25 ans).

Sources : YAHOO FR

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : DOMINIQUE DE VILLEPIN ET LES FRANCAIS
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Dimanche 30 octobre 2005

Villepin pile et face
 
 
par Daniel RONDEAU
 
 
4ème partie

Je le retrouve de loin en loin dans son bureau de l'Elysée. Peintures coptes de chevaliers célestes au mur, éditions originales (Gracq, Genet) dans sa bibliothèque. Pour qui se plaît à imaginer la vie comme un roman, l'Elysée est une bonne adresse. Le lieu où se nouent et se dénouent les intrigues de la cour. Hubert Védrine, qui avait occupé la même fonction de secrétaire général sous Mitterrand, m'avait dit un jour : "C'est un poste d'observation unique sur la comédie humaine." Villepin regarde, jauge, apprécie. Les caractères, les profondeurs de champ, les volontés, les épaisseurs de secrets. La société française est déjà bloquée et apparemment incohérente. "Que fait le pouvoir ? me dit Villepin un matin de mars 1997 ? S'enferme-t-il dans une pièce décidé à n'en sortir qu'une fois prises un certain nombre de décisions ? Non, bien sûr, il consulte, il prend un verre avec les pompiers. Bref, il s'arrange pour ne rien décider. C'est un pouvoir virtuel, comme notre démocratie, brouillée par de faux débats et contaminée par le chômage."

En 1995, Chirac a été élu sur une idée, la fracture sociale, concept aiguisé par Villepin pendant la campagne. Mais chaque projet de réforme soulève des protestations catégorielles en même temps que les députés défilent dans le bureau de Chirac pour l'encourager à dissoudre. Le président, Juppé et Villepin décident d'en finir. Les législatives propulsent Lionel Jospin à Matignon. Le secrétaire général est désigné comme responsable du désastre de la droite.

Je le revois quelques mois plus tard. Il fulmine contre la consanguinité parisienne, la médiocrité des ambitions. Et Chirac ? "Il va mieux, mais il est sans monture." Et lui, s'est-il fait des relations amicales dans le gouvernement Jospin ? "Deux ou trois, Allègre, Védrine, Kouchner." Jeudi dernier, à Matignon, je l'interroge de nouveau sur cette dissolution. "La seule différence entre moi et les autres, c'est que j'ai toujours assumé notre décision. Cela dit, les problèmes n'ont pas changé. Le refus des réformes, le goût des combinaisons, la survie sans risque. Cette inaction engendre la dérision et salit la politique. Je n'ai oublié ni le 21 avril ni le 29 mai. Je crois que la politique c'est l'action, et, pour conduire la mienne, je m'arrime à une fidélité française et à quelques grands principes que chacun commence à connaître, c'est ma clarté."

5. Ce qui est certain, c'est que la crainte bien connue du président de la République de "déchirer le tissu social français", exprimée devant nombre de ses visiteurs, a fini par empoisonner ses relations avec ses premiers ministres. Le président avait peur de déchirer le tissu, et le premier ministre craignait que le président n'ait raison. Leur dialogue fortifiait la tyrannie du statu quo. Pourquoi est-ce que cela changerait ? "Ma relation avec le président est fondée sur un double registre. Celui des principes républicains et gaullistes. Et celui d'une recherche de solutions concrètes, sans idéologie. Je crois aux synthèses politiques, pas aux marchandages. Le président est assuré de ma fidélité, je connais sa pensée, le clavier qui est le sien, les fragilités dont il parle, je les prends en compte et nous avançons." Et si, au bout du compte, Chirac n'était pas mécontent d'avoir en face de lui un premier ministre qui décide ?

Il y a six mois, l'histoire n'était pourtant pas écrite. Une solide connivence existait entre les deux hommes, fondée sur des années de travail en duo, de passions communes, l'Afrique, la culture asiatique, de fidélité (jamais je n'ai entendu un mot contre Chirac dans la bouche de Villepin, qui sait mes réserves). Mais le président envisageait de finir son quinquennat avec Raffarin. C'était pour lui un confort politique et personnel. Par qui voudriez-vous le remplacer, disaient ses interlocuteurs (dont Alain Juppé) ? Villepin ? Votre ancien secrétaire général ? Surtout pas. La politique est un métier et, au coeur de ce métier, il y a l'élection.

Villepin lui a forcé la main. Un soir de l'été 2004, chez Claude Perdriel, industriel et homme de presse, la précision de ces phrases vaut condamnation d'un système à bout de souffle : "Regardons les pays qui sortent de soixante-dix ans de communisme ! Pour la première fois depuis longtemps, ils ont le sentiment d'avoir rendez-vous avec l'Histoire. Quittons notre léthargie ! Et que le pouvoir redevienne un espace d'invention et de décision."

Au début de l'année 2005, lassé d'attendre des décisions qui tardent, il part à la conquête de Matignon et s'en cache à peine. Le 2 janvier, je lis son entretien, très offensif, dans le Journal du dimanche , et je l'appelle : "Villepin premier ministre, c'est pour cette année ?" Réponse sans hésitation : "Absolument." Place Beauvau, il accélère sa réflexion et son travail de métamorphose. Un matin, il met publiquement Raffarin dans les cordes. "Il faut aller plus vite, plus loin, plus fort." Habité par le sentiment de l'urgence, persuadé que la crise morale, sociale et politique exige davantage de sacrifices et de pédagogie.

Villepin voit Raffarin le lendemain, qui ne lui dit rien. Aucune réaction de "recadrage" à l'Elysée. Chacun s'habitue à le regarder de façon différente. Après le 29 mai, Chirac l'appelle à Matignon et tourne une page de sa propre vie.

6. L'été passe sur Matignon avec une douceur enviable. Un léger retard à l'allumage de l'état de grâce, mais le nouveau Villepin, son obsession de l'emploi, créent la surprise, et les événements semblent s'organiser pour le servir. Il touche les premiers dividendes de sa préparation, de ses méthodes de travail collectif, du style de sa communication (jamais de petites phrases, une conférence de presse mensuelle). Il savoure ce calme sans illusions, s'inquiétant de voir de grands Etats (les Etats-Unis, la Chine, l'Inde, l'Iran) s'organiser pour défendre leurs intérêts nationaux et leur souveraineté, et donne tous ses soins aux concepts de patriotisme économique et de croissance sociale.

Mais au retour des journées parlementaires de l'UMP à Evian, le 20 septembre, tous ses visiteurs sont brutalement décommandés. Les vrais rendez-vous se nomment : déficit de la Sécurité sociale, prix du pétrole, Hewlett-Packard, SNCM. C'est pour affronter la crise qu'il est à Matignon. La crise cogne à sa porte. Plus de palladium. Le voici en première ligne, dans le temps des épreuves, l'ordalie qu'il attendait, au fond. Il a besoin d'obstacles pour que ses élans ne soient pas arrêtés court.

Plus important : il était impatient de rencontrer la vérité des Français, et la sienne aussi, face à ce déclin qu'il récuse. Les dossiers dévorent ses jours et ceux de ses ministres, dont certains, déjà, peinent à suivre les premiers pas de cette marche forcée qu'est le parcours de tout locataire de Matignon. Jeudi dernier, après une nuit très écourtée, il évoque rapidement les élections allemandes. Partout les dés roulent. "Que chacun prenne ses responsabilités. Les jeux de rôle ne suffiront pas à nous sortir de la nasse." Il se prépare pour demain et promet des surprises. Il n'oublie pas que ce sont les événements qui emploient les hommes.

Auteur

Daniel Rondeau, 57 ans, écrivain et chroniqueur littéraire à L'Express, a publié de nombreux livres, parmi lesquels Tanger, Chronique du Liban rebelle, Tambours du monde et, plus récemment, Dans la marche du temps (Grasset). Il a reçu le prix Morand de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre et dirige la collection "Bouquins" chez Robert Laffont. Son prochain essai, sur Albert Camus, doit paraître fin octobre.

Sources : LE MONDE

Posté par Adriana Evangelizt

Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : L'HOMME DOMINIQUE DE VILLEPIN
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