Partager l'article ! VILLEPIN PILE ET FACE 3ème Partie: Villepin pile et face par Daniel RONDEAU 3ème partie Je l'ai alors ...
Noblesse d'âme et panache au service de la France
Je l'ai alors accompagné pendant deux mois. Il menait les conseillers qui lui faisaient cortège, leurs impedimenta informatiques dans les bras, à un train de marathonien, les exhortant d'une voix forte à parfaire jusqu'à la dernière minute chacune des interventions qu'ils avaient souvent passé la nuit à préparer. Son principal ennemi ? Le temps. Et pourtant, aucune lésine dans la gestion de son agenda : il se montre avec chacun de ses visiteurs d'une disponibilité aux limites de l'extravagance. Pendant cette guerre pour la paix, où la féerie diplomatique remplace les batailles, curieusement, l'Europe reste absente de ses préoccupations. Comme si le monde lui cachait l'Europe.
Au prince Saoud Al-Fayçal, ministre des affaires étrangères d'Arabie saoudite, il raconte sa visite au pape Jean Paul II : "Sa parole est en avant, comme Rimbaud." Réponse du prince : "Vous aussi vous étiez une star, à l'ONU..." A chacun, il montre la même détermination, tempérée par la vitesse du sourire et le précis des phrases, sans arrogance. Sa décontraction chaleureuse range prudents et rieurs de son côté. C'est ainsi que dans l'antichambre de Jean Paul II, à Rome, quand le baron Copa-Solari, gentilhomme du pape, lui montre une fresque représentant Néron, Villepin éclate de rire et s'exclame, à la stupéfaction de Pierre Morel, notre ambassadeur au Vatican : "Vous savez que Bernadette Chirac m'a surnommé Néron depuis la dissolution ! Maintenant, je pourrai dire que j'ai le pape avec moi..."
L'un de ses soucis était alors de garder le contact avec les deux chefs de la diplomatie anglo-saxonne, Jack Straw et Colin Powell, moins éloignés des positions françaises qu'ils ne pouvaient l'avouer. Il arrivait qu'il les rudoie. Prenant connaissance dans l'avion Ankara-Amman d'une déclaration de Colin Powell indiquant que "la France subirait les conséquences de sa politique" , il avait aussitôt fait prévenir le département d'Etat de son souhait de parler au ministre. Colin Powell l'avait rappelé quand nous étions encore en voiture sur le tarmac d'Amman. Villepin lui avait alors posé une question sans préambule : "Alors, Colin ! Que se passe-t-il, tu veux que les Etats-Unis déclarent la guerre à la France ? Tu n'as aucune chance de gagner..." Powell vivait alors avec la "tâche" du mensonge sur son uniforme de général. Il encaisse en silence, son interlocuteur éclate de rire.
Le même jour, dans l'avion qui nous ramenait de Riyad, il était tard et nous étions encore loin de Paris, quand Villepin me confia : "Jamais je n'aurais imaginé que ce à quoi je m'étais préparé toute ma vie soit confronté à un tel choc de la réalité."
J'ai reparlé récemment de cette période de la guerre d'Irak avec Villepin, devenu premier ministre, en lui demandant s'il n'était jamais tenté d'en tirer les leçons. Après tout, les faits n'ont-ils pas démontré qu'il y avait dans la désinvolture de Bush quelque chose de dangereux pour le monde et l'Amérique elle-même ? "Impossible, je suis contraint à l'humilité tant que notre pays ne se sera pas relevé."
Quelques jours plus tard, le destin lui permettait de revenir symboliquement à l'ONU, en lieu et place de Jacques Chirac. A son retour, le président, sorti du Val-de-Grâce, le convoque pour le féliciter. "J'ai senti qu'avec lui, dit Villepin, il n'y avait pas de rapport de force. Tous ceux qui imaginent que je serai un jour en indélicatesse avec lui se trompent."
3. Les deux hommes se connaissent depuis 1980. Jacques Chirac, alors maire de Paris, cherche quelqu'un pour l'aider sur le terrain diplomatique. Ce sera Villepin. Dès cet instant, Chirac le consulte chaque semaine. Villepin travaille tous les soirs et chaque week-end, en plus du reste, et bénévolement, pour nourrir la réflexion de Chirac et le tenir informé des dossiers sensibles. Un jour, le maire de Paris lui demande son avis sur une déclaration qu'il doit faire. Villepin envoie sa note à Alain Juppé, alors la plume de Chirac. Une seule phrase en fait, d'un humour qui cingle. Chirac, en l'absence de Juppé, convoque aussitôt l'auteur de la remontrance pour lui dire : "C'est de gens comme vous dont j'ai besoin. Un jour, nous travaillerons ensemble." Et il dresse la liste des présidents de la Ve et de leurs hommes de confiance. "De Gaulle avait Capitant. Pompidou, ses copains de Normale. Giscard n'avait personne. Quant à Mitterrand, il est entouré d'une cour et cela le perdra."
En 1995, dans les semaines qui précèdent la campagne présidentielle, quand les sondages et la presse donnent Balladur vainqueur, la rumeur dit Chirac près de jeter l'éponge. Villepin, en tête à tête, l'exhorte non sans brutalité à marquer son territoire et envoie lui-même son fax de candidature. "Depuis cette campagne, nos destins sont liés" , dit Villepin.
4. Je le rencontre à l'automne de cette année-là, chez un peintre marocain, Medhi Qotbi, assis un jour à côté de lui dans un avion et avec qui il s'est lié (il faudrait dresser la liste de ces amitiés de hasard qui ne doivent rien à la politique). Villepin était alors une pièce maîtresse du sérail présidentiel. Il surprenait par sa franchise et par son charme, mais plus encore par une énergie singulière, que j'apparentais à une sorte d'enthousiasme révolutionnaire, que ne modérait pas un attachement conservateur aux principes de notre Histoire et de l'Etat.
Pour ne rien arranger, il était aussi poète, écrivain et menait de front plusieurs projets de livres (Les Cent-Jours , Eloge des voleurs de feu , Le Cri de la gargouille ). "J'assume" , disait-il alors. La poésie est action : souvenons-nous de René Char au plus fort de la guerre, sa façon de forcer l'homme vers plus de souveraineté. Et de Paul Celan : "Jadis, il y avait de la hauteur."
Evoquer ce qui a été sublime, de l'endroit où il se tenait, c'était la verveine qu'il avait trouvée pour dire ce qu'il pensait de notre temps et de son camp. Il n'était pas difficile de deviner où il cherchait ses modèles, parmi les hommes qui acceptaient la présence du destin et connaissaient "le langage chiffré" des mots.
Sources : LE MONDE
Posté par Adriana Evangelizt
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Dominique de Villepin Ministre Aristocrate et Poète
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